Eloge du modèle #corse, et en quoi son exemple sera toujours utile à l’ensemble de l’humanité »

 

OnAGagne150399N’en déplaise à tous les Corses modérés qui prétendent donner des leçons de politique en opposant les  » démocrates  » raisonnables qu’ils seraient aux révolutionnaires excessifs que nous sommes : ils ont raison!

De leur point de vue de modéré, c’est-à-dire strictement inutile, opportuniste et électoraliste, nous sommes politiquement infréquentables parce que indépendantistes et non démocrates au sens républicain et français du terme. Nous demandons en effet un transfert radical de toute souveraineté au Peuple corse dans le cadre de l’indépendance nationale et d’un nouveau projet de société fondée sur une véritable démocratie solidaire, directe et participative. Un tel choix implique la fin de tous les processus de décomposition politique en cours y compris du nationalisme modéré qui en tant que dernière fiction d’une  » France de progrès « , n’aura plus aucune raison d’être. Pas plus que les forces traditionnelles auxquelles il entend s’associer ou se substituer. Nous sommes en effet pour la fin de la dépendance et de l’assistanat dans tous les domaines y compris ceux de la politique et des idées car nous désirons penser, agir et vivre par nous mêmes. Ce sera la seule manière de fermer définitivement la parenthèse française de notre douloureuse histoire.

En nous inscrivant dans la continuité de la révolution corse de 1755, nous ne reconnaissons à la  » démocratie à la française  » aucune des vertus républicaines dont elle entend se parer afin de légitimer l’existence d’un système de pouvoir coercitif qui a réduit le principe de liberté à la seule liberté de l’État et de ses maîtres au détriment de celle de la société civile et des individus qui la composent.

L’Histoire, hélas, a su montrer toutes les dérives absolutistes et totalitaires du modèle universaliste et révolutionnaire français, réalisées au nom de la souveraineté populaire et du bonheur suprême d’un peuple qu’il convient de toujours protéger avant tout de lui-même.

Dès l’origine l‘État français républicain n’a jamais connu que des ennemis intérieurs en chacun de ses sujets qu’il a toujours su ramener brutalement à la raison en s’affranchissant par opportunité de ses propres lois et en s’arrogeant le privilège de la violence et du mensonge. Nous pouvons nous flatter de faire partie depuis toujours de ces ennemis là, irréductibles à la raison d’État et sûrs de notre droit: celui des peuples à disposer d’eux-mêmes que nous avons les premiers fixé en préambule d’une constitution dont aucune manipulation de l’histoire ne pourra plus jamais nier le caractère progressiste, démocratique et novateur pour son époque.

La France, dont la Révolution se veut majuscule et modèle, sans filiation ni origine que dans sa propre légitimité, effaçant tout de l’histoire des peuples qu’elle dévorait pour se fonder, ne nous l’a jamais pardonné.

Nous sommes corses, communautaires et égalitaires par nature et par

tradition, indépendantistes et révolutionnaires par filiation directe de nos pères qui l’ont payé de leur liberté et de leur vie.

Nous n’avons jamais eu à connaître que l’oppression de la matrice universelle de la révolution française.

Elle fonde la légitimité supérieure de son ordre nouveau et absolu sur la reconnaissance des droits d’un homme abstrait citoyen et consommateur vertueux dont la république une et indivisible signifie le retour et l’accomplissement sur une terre devenue le paradis de justice que l’on sait.

La France a toujours voulu faire le bonheur des peuples et des individus contre leur gré en les soumettant à l’autorité supérieure de ses lois.

Nous pouvons mesurer chaque jour les effets pervers et néfastes d’une telle conception absolutiste et religieuse du droit, notamment dans l’idée caricaturale que la loi et la vérité sont forcément aussi bonnes et absolues partout et pour tous.

Nous nous permettons simplement d’avoir une conception différente du monde, plus généreuse et plus ouverte, plus tolérante et plus respectueuse de la diversité des mœurs des cultures et des opinions qui fondent la vie et la richesse des peuples et des nations.

Savoir si nous sommes meilleurs ou pires que les autres, nul ne peut encore le dire, sauf peut être les modérés et les médias qui forment la nouvelle police des mœurs chargée d’énoncer le bien et le mal, le bon et le mauvais, et d’édicter les règles de conduite de nos sociétés de consensus et de surveillance, modernes et ultrapolicées qui ne tolèrent aucun excès, y compris les excès de transparence et de démocratie. Nationalistes vers l’extérieur, démocrates vers l’intérieur et non le contraire comme tous ceux qui singent le modèle français, nous nous situons par nos idées et nos pratiques hors du jeu politiquement correct traditionnel. Il nous est donc difficile d’être réformistes ou modérés, car nous connaissons à l’avance, pour avoir tiré tous les enseignements du passé, les limites d’une modération trop excessive comme celles d’ailleurs d’un excès insuffisamment tempéré par la réflexion et la critique.

Si l’on en croit le dictionnaire, le terme modéré aurait en français une acception politique particulière, voire péjorative : centriste ou conservateur et en tout cas éloigné de tout excès. Voilà qui aide mieux à comprendre le vide sidéral de toute pensée nationaliste modérée. Chacun sait bien qu’en matière de mœurs politiques tout excès d’idées ou de propos  » extrêmes  » peut nuire à la bonne santé électorale de celui qui espère par sa modération exemplaire s’asseoir à la table de la démocratie française pour y picorer quelques miettes de reconnaissance ou de pouvoir.

Le rêve d’un grand parti nationaliste corse modéré, versus basque ou irlandais, centriste conservateur ou social démocrate, propre sur lui et politiquement correct, c’est-à-dire respectueux des règles du jeu démocratique et républicain, est le dernier rêve d’une France jacobine qui se perd au sein d’une Europe de plus en plus allemande et marchande. Une Europe uniforme et aseptisée qui aurait nettoyé son Sud de toutes ses taches douteuses, et qui serait prête à favoriser au nom d’une autonomie bien tempérée l’intégration de ses dernières minorités agitées. Une Europe moderne et subtilement totalitaire où la raison des gouvernements associée aux lois  » naturelles  » des marchés l’emporterait sur la folie des peuples et régulerait tous leurs excès de vie. L’identité y serait alors réduite à un simple produit culturel de consommation courante un peu épicé et valorisé par le tourisme, le folklore ou l’anthropologie médiatique. Une normalisation européenne dont certains rêvent tout haut en Euro et dont nous sommes aujourd’hui au nom des intérêts supérieurs de la France, la victime expiatoire.

Ce rêve hélas, ne pourra jamais se réaliser en Corse qui restera à jamais le cauchemar inassimilable d’une France incapable par orgueil et bêtise de se remettre en question sans renier sa vertu et son âme républicaine.

Il aurait fallu pour cela qu’elle autorise et favorise au cours des temps l’émergence d’une bourgeoisie indigène économiquement, culturellement et politiquement émancipée de la puissance tutélaire coloniale. Elle n’a su produire que des politiques, des fonctionnaires et des agents de l’État.

Il aurait fallu aussi que dans sa folie républicaine et nationaliste la France ne cherche pas à éradiquer une langue, une culture et un peuple que 230 années d’occupation coloniale n’ont toujours pas réussi à détruire. Peut-on imaginer la France capable de réussir une décolonisation, ce qui par principe et dans les faits lui a toujours été impossible au nom de la défense de ses intérêts et de l’universalité de son modèle.

Peut-on l’imaginer reconnaître un jour l’existence d’un fait colonial en Corse, historiquement fondé sur des pratiques illégitimes. Ce serait oublier que conquêtes révolutionnaires et impériales et colonisation républicaine sont les deux mamelles d’une France souveraine qui pour se fonder et perdurer en tant que nation doit broyer au nom du peuple français, les hommes et les peuples qui résistent à la vertueuse assimilation de ses principes libérateurs. Mais de quoi donc au juste avons nous été libérés,

nous qui étions déjà libres de toute contrainte étrangère et dont l’originalité conceptuelle de notre révolution faisait l’admiration de l’Europe des lumières.

Contrairement aux idées reçues la Corse n’est pas en retard d’une révolution, elle doit simplement terminer la sienne brutalement suspendue en 1769 par les notables et les clans insulaires soucieux de préserver leur pouvoir et leurs privilèges en s’alliant une fois de plus avec une puissance coloniale étrangère peut désireuse de laisser émerger un foyer de démocratie originale aux marges d’une Europe socialement attardée et encore féodale. Les Jacobins l’ont bien compris à leur tour qui continuèrent la même politique en condamnant notre révolution au nom de leur universalisme républicain.

C’est seulement en fermant cette honteuse parenthèse française pour reprendre le fil de son histoire que la révolution corse retrouvera sa véritable dimension sociale et son originalité. En se réappropriant sa mémoire, sa culture, sa civilisation, sa terre et sa langue, elle réconciliera de nouveau Montesquieu avec Rousseau, la société avec la nature, le vote avec la démocratie, la propriété privée avec le bien commun et le domaine public, l’école et l’université avec l’instruction, l’éducation et l’éveil des consciences, l’économie sociale avec le marché, les anciennes et les nouvelles générations dans une même solidarité et enfin et surtout les corses avec eux-mêmes.

Faudra-t-il attendre pour cela que la France de Colbert, de Robespierre, de Napoléon, de la 3ème République de Jospin et de Chevènement se dissolve dans l’Europe des marchés et des banques ?

Une telle perspective ne doit plus être considérée que sous une approche géopolitique dans la mesure où elle concerne le devenir d’un pays voisin en perdition et aux tentations hégémoniques, faible avec les forts et fort avec les faibles et auquel l’histoire nous aura appris qu’il est impossible d’accorder la moindre confiance.

Nous disons donc ici clairement que nous ne voulons plus de la France, ni de sa prétendue solidarité, ni de son idéologie, ni de son modèle de société, ni même de l’horreur économique et social démocrate d’une Europe allemande et modérée dans laquelle elle souhaite nous entraîner avec elle. Nous revendiquons une indépendance réelle, totale et reconnue par l’ensemble de la communauté internationale, afin de pouvoir construire un modèle original de société nouvelle où nous pourrons vivre en paix avec nos enfants dans notre dignité retrouvée. Ce n’est qu’en construisant simultanément l’indépendance et la démocratie que les corses pourront donner à leur pays les bases d’un véritable développement durable, humain, maîtrisé et harmonieux. Existe-t-il une autre manière d’être corses aujourd’hui que de vouloir être maîtres de notre destin et de terminer avec intelligence la révolution entreprise par nos pères ?

Nous comprenons aisément que de telles perspectives en effraient plus d’un et que pour d’autres elles ne soient ni réalisables ni souhaitables.

C’est parce qu’ils ne nous connaissent pas encore tels que nous méritons de l’être et qu’ils n’ont que haine ou mépris pour ce qu’ils sont devenus.

Les nouveaux indépendantistes corses se tiennent éloignés de toute forme d’orthodoxie contraignante. Ils sont radicaux et tolérants, écologistes, libéraux et libertaires.

En se plaçant résolument du côté des forces de création et de vie, ils s’émancipent de toutes les idéologies d’asservissement mortifères et marchandes de cette fin de siècle.

Ils prétendent mettre l’économie au service des hommes et les technologies modernes au service de leur libération et non l’inverse.

Ils vivent leurs traditions et leur identité non comme une crispation, une défense ou une régression, mais comme une richesse culturelle et spirituelle qu’ils cherchent à partager avec le plus grand nombre.

Ils assument leur insularité ouverte aux autres comme une chance historique de n’avoir que des frontières naturelles inutiles à défendre ou à conquérir, et considèrent leur terre comme un patrimoine vivant et commun à tous qu’il est indispensable de préserver de la folie et de l’avidité des hommes et des puissances de l’argent qui règnent en maître sur la planète. Ils ne conçoivent leurs actions politiques que sur le principe de la libre association d’individus volontaires et égaux et dans le sens d’une éthique de l’action collective seule à même d’affranchir la Corse de la problématique funeste de l’État et/ou les Mafias dont la France et l’Europe sont désormais prisonnières.

En préparant la Corse à retrouver sa pleine et entière souveraineté, ils proposent simplement aux Corses de sortir de leur amnésie collective dans laquelle 230 ans d’occupation française les a plongés et de mettre en pratique ce droit inaliénable qu’ils ont conquis par la lutte, celui d’un peuple libre de disposer de lui-même dans le respect des principes et des droits les plus fondamentaux de la personne humaine.

Les nouveaux indépendantistes corses sont réalistes et pragmatiques par nécessité, pacifistes et utopistes par plaisir afin de préserver leur part de rêve sans laquelle aucune vie de l’esprit et aucune liberté de penser ne serait possible sur terre. Ils sont aussi d’un optimisme contagieux. C’est sans doute le plus beau message d’espoir qu’ils peuvent porter dans un futur qui s’annonce liberticide et déshumanisé, en donnant à nouveau du sens à la vie d’un monde qui n’en finit plus de se perdre.

En quoi sommes nous donc si excessifs ? 

Antoine PAOLI

 

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