#Corse – « Riflessione : E AVA ? »

 

TN_unitacopyright1A L’OCCASION DES ELECTIONS TERRITORIALES, BILAN ET PERSPECTIVES DU MOUVEMENT NATIONAL

Dans la période où est survenu le meurtre du Préfet Erignac, le Mouvement National amorçait sa quatrième recomposition depuis 1981.

Comme les autres, cette recomposition a été déterminée par l’échec des  » négociations », en fait les manipulations exercées sur les  » directions » du mouvement national par les officines de la présidence de la république française, ou celle du ministère de l’intérieur.

En effet, un certain recul permet de dire aujourd’hui qu’après son échec des années 75-80, le pouvoir français, changeant de stratégie mais non d’objectif, décida d’appliquer à la situation corse les règles de la guerre psychologique. Face à cette science, le mouvement national corse n’avait que l’âge et le niveau de formation moyens de ses militants, et ne pouvait que subir, malgré quelques rares capacités d’analyse et de résistance trop dispersées.

Chaque fois en guise de négociation, fut appliqué le mécanisme suivant:

l- Par un savant mélange répression-médiatisation, choix et promotion d’interlocuteurs potentiels,

2- Approche individuelle de ces interlocuteurs sous le sceau du secret exigé,

3- Satisfaction d’aspirations individuelles ou de petits groupes, éventuellement, ouverture de crédits bancaires,

4- Insertion dans le jeu électoral, accompagné de l’abandon du militantisme actif, et de l’action au niveau international,

5- Élections à l’assemblée territoriale, intégration au jeu politicien d’une assemblée aux ordres du Préfet par l’intermédiaire de son exécutif.

Ces différentes phases se sont toujours accompagnées d’une gestion au plus près des rapports de force internes, visant à marginaliser ceux qui demeuraient capables de critique et d’action, et à noyauter les structures nées des scissions successives, dues chaque fois à une perte de confiance de militants vis à vis des appareils.

Ces périodes, orchestrées par les techniciens des services spécialisés, et relayées sur le terrain par leurs complices conscients ou inconscients, ont connu leur apogée en 1995, au moment où éclata un conflit sanglant entre divers groupes armés, où se sont mêlées les raisons personnelles, politiques ou de pur droit commun.

Ce conflit aurait du être beaucoup plus meurtrier si, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur de ces groupes, la conscience de I’intérêt national n’avait prévalu.

C’est précisément au moment où, après les années les plus noires que le mouvement ait connues, la remise en question générale allait permettre une recomposition et le début d’une nouvelle phase de lutte que survient, comme par hasard, le suprême désordre que fut l’assassinat du préfet Erignac.

Cet acte, précédé de la  » fuite  » de documents administratifs confidentiels, et de rumeurs diffusées par les directions du S.R.P.J Corse autant que par celle de la 6ème D.C.P.J (antiterroriste) devenue depuis D.N.A.T, désignant des coupables potentiels, servit de prétexte à une des plus importantes opération de police depuis que la Corse est occupée par la France. Elle dépasse en durée et en volume la campagne contre le  » banditisme » des années 30.

Au delà de la volonté gouvernementale affichée de normaliser la vie publique corse, au delà de quelques gesticulations judiciaires égratignant quelques notables et la principale banque de l’île – le corrupteur montrant ainsi du doigt ceux qu’il a corrompus – ,la cible réelle de cette opération est bien le mouvement national, et particulièrement ses membres que l’on n’a jamais pu compter au nombre des crédules ou des arrivistes.

Paradoxalement, au lieu de fléchir les consciences, la répression les a réveillées. Ces consciences sont les seules armes que la Corse puisse valablement opposer au pouvoir central français.

Elles ne peuvent que faire admettre l’écrasante responsabilité de l’État français dans la situation de l’île, et son incapacité rédhibitoire à apporter d’autres solutions que la répression aux aspirations du peuple corse, et ce depuis toujours, en dépit des discours de circonstance. La France n’a jamais, en fait, cessé de faire la guerre à la Nation Corse, trouvant sur place, comme tous les occupants, bien des alliés. Les promotions individuelles des corses qui ont accepté, de gré ou de force, de servir la France, ne peuvent pas faire oublier l’étendue de la ruine collective, tant au plan économique que démographique et tout simplement humain.

Cette ruine n’est pas une fatalité. Entre deux tutelles, la génoise et la française, les Corses ont su construire, plus de trente ans avant la France, une société démocratique. Ils en sont encore capables, pour peu que le voisin le plus puissant du moment les laissent faire.

Entre centralisme français finissant et fédéralisme européen à venir, la Corse doit retrouver le fil de son histoire, coupé deux fois par les armes françaises.

Il faut pour cela, avant tout, que les militants de la Nation Corse aient enfin conscience du fait qu’ils sont :  » l ‘expression de la conscience collective des aspirations et des idéaux du peuple  » En cela, ils sont indestructibles, mais leurs devoirs dépassent leurs droits.

Un peuple en lutte pour ses droits peut recourir à tous les moyens, encore faut il que ces moyens ne deviennent pas une fin, qui plus est au service d’intérêts particuliers.

Il vaudrait mieux poser le problème en ces termes là, plutôt que de continuer à opposer les nationalistes dans un débat sur l’opportunité ou non de la violence politique, et tirer à perte de vue des raisons de situations et de luttes qui ont peu de choses à voir avec la nôtre.

Quels que soient les résultats des territoriales de mars, il faudra rassembler les nationalistes, ce qui ne veut pas dire que tout est possible.

Le passé est trop présent pour que la confiance règne. Les propositions centralistes n’ont aucune chance d’aboutir. Les structures locales, de type  » collectif » sont celles qui peuvent le mieux répondre aux préoccupations des militants. Elles permettront de rassembler le corps électoral du mouvement, en vue d’installer la première Cunsulta réellement représentative de ce siècle, et un exécutif dont le rôle sera celui d’un gouvernement.

Si les quatorze premiers points de la charte de Corsica Nazione peuvent être la base de rassemblement général, la proposition de constitution pour la Corse du Partitu Per l’Indipindenza, peut, après modifications consensuelles, servir à définir l’organisation de la représentation nationale et des pouvoirs.

Seraient alors enfin réunies les conditions d’une issue favorable, impossible en l’état actuel des choses.

Michele MURONI

 

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