#Corse « La bouteille à moitié vide ou à moitié pleine »

 

nazioneDepuis 1989 (la chute du mur, pas les pitreries Goudo-Mitterandiennes) il est de bon ton de disserter sur les failles idéologiques du communisme. Ce fut d’abord la faute à Staline, puis ce fut au tour de Lénine d’avoir enfanter un « système intrinsèquement criminogène », et avant lui Marx dont on ne veut plus analyser la pensée que d’un strict point de vue économiste. Mais de quel ventre Marx est-il né ?

Auparavant, nous avions eu droit au procès des fascismes, nazismes et autres caudillismes. Mais qui donc avait été le premier ? Quel fondement idéologique, quels processus de pensée, quelle terre, quelle époque avait enfanté la première bête ?

La France n’a inventé ni la Révolution, ni la République, ni la Démocratie, ni les Droits Individuels, ni les DroitsNaturels ; Par contre elle est la première à en avoir fait son fond de commerce. Dès le début la Révolution française se fonde sur l’auto sacralisation, la négation de l’autre, et la schizophrénie.

1. Négation de sa propre histoire:

En rejetant « l’ancien régime » dans le néant, la révolution s’attribue la paternité de la bureaucratie et du centralisme, présentés comme des concepts antiféodaux. Ainsi l’absolutisme royal continue-t-il inchangé alors que sa destruction se trouve proclamée. Il ne saurait de toute façon y avoir aucune similitude avec l’ancien, puisque avant il n’y avait rien !

La France inaugure là une constante que l’on retrouve dans tous les mécanismes politico-étatiques ; On proclame ou l’on promet une chose haut et fort, puis on fait le contraire. Et s’il est admis parfois de changer quelque chose c’est pour que tout reste comme avant.

La « république » s’attribue également la sacralisation de l’état; Le roi « oint de dieu » devient la Nation mythique et messianique, la religion de l’état. Elle va jusqu’à s’inventer une déesse raison, un calendrier, pour plus tard récupérer les oripeaux de la « fille aînée de l’église », mais elle finira par s’ériger en république laïque, concept présenté comme un progrès, mais qui en réalité n’est que l’aboutissement du processus : quand l’état est devenu une religion, il ne saurait admettre le concept de religion d’état.

Elle invente pour la circonstance le concept de « souveraineté nationale » comme s’il existait une « nation » supérieure idéalisée et désincarnée, divine au sens idolâtre du terme. Notion qui s’oppose à la « souveraineté populaire » par laquelle la souveraineté est détenue par le peuple dont chaque individu est dépositaire d’une parcelle, comme tout humain détient en lui une parcelle de dieu.

Ainsi la « nation française » est-elle « sacrée » au sens païen du terme. Ce retour au paganisme sera repris par d’autres.

2. Négation de l’histoire de l’autre:

La nation mythique impose que tous les peuples happés dans ce trou noir (que par commodité on appelle jacobinisme) cessent d’exister, et rétroactivement, sont présumés n’avoir jamais existé.

Cette négation permet d’évacuer les droits de l’autre, sa richesse, son apport à la pensée humaine.

Ainsi pour la Corse, sa révolution, sa résistance, l’apport Paolin ne figurent-ils dans aucun ouvrage majeur français traitant de philosophie, de révolution ou de nationalisme.

Ce processus induit un comportement systématique de révisionnisme historique. La France inaugure la technique moderne de la réécriture de l’histoire pour les besoins du pouvoir présent. La méthode existait déjà mais pas de manière aussi systématisée, sauf dans un cas éloquent en soi, la Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine.

La négation de l’histoire, la sienne et celle des autres, condamne également l’observateur de tout fait à rejeter l’analyse des causes, nécessairement antérieures, pour n’en aborder que les conséquences présentes, inversant le rapport de causalité.

Exemple: La violence dans les colonies a nécessairement une cause, mais comme il convient de ne pas parler du passé « par ce que ça ne sert à rien », le journaliste ou la mission d’enquête, n’observera que les effets. Il sera ainsi proclamé que la Corse est dans l’état où elle est à cause de la « violence », en se gardant bien d’observer que c’est justement parce qu’elle était comme ça avant que la résistance armée s’est développée.

 3. Négation de l’identité des autres:

Il n’y a qu’une « Nation Une et Indivisible », donc il n’y a qu’une seule langue, qu’un seul peuple, qu’un seul mode de vie ou de pensée admissible. D’autres traduirons: «  Ein Volk, ein Reich, ein Furher… ».

La pensée française se dit universelle, humaniste; « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. » ! Oui mais, « N’est humain que ce qui me ressemble à moi, français! ». Le reste est inhumain ou à la rigueur appelé à devenir humain en devenant français. « C’est le devoir de la France que d’apporter la civilisation aux peuplades inférieures », ainsi parle Saint Jules Ferry, fondateur de l’ordre monastique des « enseignants de l’éducation nationale ».

Le discours « droitdel’hommiste » revu et corrigé par le jacobin, ne signifie pas que tous les hommes sont égaux, mais que tout les hommes devraient devenir semblable au modèle standard; Hier le français, mais aujourd’hui l’américain, et c’est bien ce qui gène l’intelligentsia parisienne et son « exception culturelle » car ce glissement de modèle détruit sa théorie intégrative.

Cette propagande, façon « citoyen du monde », mais qui signifie en réalité que tout homme doit ressentir comme unprivilège et un honneur  le fait de devenir français, présente au premier abord un certain attrait ; Il se voudrait le fondement de l’antiracisme, il en est l’exact opposé, on le qualifie « d’humanisme miroir ».

Il établit une hiérarchie des peuples, des langues, des cultures, des droits collectifs, des comportements et donc d’opinion.

Dès lors, en effet, que l’on refuse à l’autre d’être ce qu’il est, puisque être autre chose que le modèle est une erreur ou pire, une déviance ! Le rejet de ce qui est différend est en germe. Le racisme est l’expression la plus aboutie de ce raisonnement.

4. Négation de la réalité:

En 1789 la nation française n’existe pas (existe-t-elle aujourd’hui cela reste à prouver), le fait ne cadre pas avec le discours révolutionnaire. Normalement, si la théorie n’est pas conforme à l’observation critique, le scientifique se doit de modifier son hypothèse ou de l’abandonner.

La France inaugure le raisonnement inverse, et elle fera école ! Si la réalité n’est pas conforme à la théorie, « changeons la réalité! ». Il n’y a pas un peuple mais une multiplicité, qu’à cela ne tienne ! Proclamons la nation une et indivisible, et si le peuple n’est pas conforme « changeons le peuple ». D’autres appliqueront la recette, notamment aux mécanismes de production, avec le bilan que l’on connaît.

Ainsi la France uniformisera-t-elle en dépit des langues, de l’histoire, de la géographie, de l’économie, des distances, de l’évidence même. En dehors de l’uniformité point de salut!

Et quand un peuple demande à être reconnu, on convient hypocritement qu’il existe mais puisque le texte sacré ne le permet pas, on supprimera le peuple plutôt que d’amender un bout de papier, et c’est logique car le reconnaître c’est menacer tout le château de carte négationniste.

En créant « scientifiquement » une réalité, la France inaugure également le discours de l’ « homme nouveau » transfiguré par un « réalité supérieure » c’est à dire remodelé par le pouvoir.

 On est loin du respect de l’individu, l’état intervient dans la sphère privée, ce que jusqu’à présent seule la religion avait fait; Logique puisque cet état tient lieu de religion. A minima le processus génère l’état providence, mais au-delà pointe l’état totalitaire.

 La France est donc le ventre originel d’où ont surgi les bêtes immondes. Par son ambivalence elle a donné son contenu moderne aux techniques totalitaires et oppressives:

. Le culte du Chef , du sauveur qui sait ce qui est bon pour le peuple, et qui le massacrera au besoin pour lui apporter le bonheur

. Le culte du changement pour couvrir l’immobilisme de caste, Nomenklatura ou Enarchie

. La modification du passé pour mieux faire miroiter un avenir qui chante

. L’utilisation de « messages universels » pour mettre en œuvre ses ambitions impérialistes

. La destruction de la différence au nom d’une égalité dévoyée qui n’est qu’uni formisme

. La prétention à la laïcité pour mieux imposer le culte idolâtre de l’état, et autres cultes de la personnalité

. La proclamation de droits individuels vidés de tout contenu, dès lors que l’individu  privé de droits collectifs se retrouve seul face à l’état Léviathan

. La liberté d’expression ou d’opinion définie comme ne devant pas remettre en cause le dogme jacobin, et les médias « libres » sous contrôle absolu, un « politiquement correct » très très étroit et orienté en dehors duquel il n’y a point de salut

. Le formalisme et le légalisme que l’on confond hypocritement avec la légitimité et la réalité de l’expression démocratique

. La hiérarchisation des cultures, prélude aux autres hiérarchisations, au nom de l’humanisme de façade

. Et pour finir la violation des droits, l’abus de droit au nom de « l’état de droit ».

Le républicanisme à la française est comme la bouteille du titre. Il est à moitié totalitaire ou à moitié démocratique selon que l’on soit ou non du bon côté du manche, on retiendra l’un ou l’autre aspect.

 

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